La psychogénéalogie

IMG_3524Il apparaît, et la clinique le confirme, que les conflits non résolus, les deuils non faits, les secrets de famille, les non-dits, etc. impactent les descendants qui subissent les conséquences du silence qui est fait autour de tels événements. Les travaux d’Anne Ancelin-Schutzenberger depuis les années 70 ont permis de mettre en lumière ce qui fait le terreau de la transmission transgénérationnelle.

L’un des postulats des psychanalystes et des systémiciens est que le trauma à une génération devient non dit à la seconde génération et impensé à la troisième génération… faisant le lit de la pathologie. L’événement, qu’il soit vécu par la victime ou le bourreau, est enterré dans le silence ; il devient non-dit, secret, il est encrypté et se transmet de l’inconscient des parents à l’inconscient des enfants.

De nombreux auteurs ont publié sur le sujet : S. Freud, C. G. Jung, J.-L. Moreno, M. Bowen, N. Abraham, M. Torök, D. Dumas, I. Boszormenyi-Nagy, S. Lebovici, S. Tisseron, V. de Gaulejac pour ne citer qu’eux. Les plus récentes découvertes sur le plan génétique confirment que toute exposition à un stress intense qu’il soit physique ou psychologique entraîne une modification chimique des gènes qui se transmet aux générations suivantes.

L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet. Il s’inscrit dans une descendance dont il est l’un des éléments constitutifs et sa vocation est de transmettre ce qu’il a reçu des générations précédentes : la transmission est au cœur de la société. La généalogie est au fondement de l’ordre social car la différence des sexes et la différence des générations permettent de fonder la culture, les systèmes d’alliance, de parenté, de filiation. L’ordre généalogique inscrit l’individu dans l’humanité, lui fixe les limites et lui donne une identité. Grâce à ce processus, l’individu se reconnaît, semblable à tous les autres et peut commencer sa différenciation.

Après avoir observé des centaines de répétitions transgénérationnelles chez les patients, il m’a paru indispensable d’intégrer systématiquement dans le processus thérapeutique, une étude de l’histoire familiale. Cela donne lieu, pour le patient, à une recherche généalogique plus ou moins poussée, l’établissement d’un génosociogramme récapitulant les dates, événements familiaux, sociaux. Précieux outil qui permet de mettre en relation le sujet, son histoire familiale avec son histoire sociale. Autant de déterminations qui sont d’autant plus agissantes qu’elles lui sont inconnues. L’intérêt de travailler à l’élaboration de son génosociogramme est patent  car il devient un support structurant qui préexiste à l’individu et qui l’inscrit dans son histoire. A sa suite, les actes symboliques et les méditations guidées sont les outils pertinents qui sont proposés au patient afin de l’aider à assainir le terrain transgénérationnel.

 

Légende photo : “De génération en génération”, sculpture de Bruce Krebs à La Rochelle